L’endométriose est une maladie inflammatoire chronique et hormono-centrée : les lésions d’endométriose se développent et évoluent sous l’influence des œstrogènes, hormones féminines clés dans la régulation du cycle menstruel.
C’est pourquoi les phytoœstrogènes — composés naturels présents dans certains aliments végétaux capables d’interagir avec les récepteurs aux œstrogènes — attirent l’attention.
Peuvent-ils moduler la maladie, en l’atténuant ou au contraire en l’aggravant ?
Que sont les phytooestrogènes ?
Les phytoœstrogènes sont des molécules végétales dont la structure chimique est proche de celle des œstrogènes produits par notre corps. Cette ressemblance leur permet de se fixer sur les récepteurs œstrogéniques (ER) et d’influencer ainsi l’activité hormonale (1).
Les grandes familles sont :
Isoflavones
Soja (graines, tofu, lait, tempeh...)................ ..........
Lignanes
Graines de lin, sésame, légumes, céréales, boissons

Coumestans
Légumineuses germées .................... ......................
Comment agissent-ils dans le corps ?
Les phytoœstrogènes ont un effet biphasique : selon le contexte hormonal, ils peuvent soit imiter les œstrogènes (effet agoniste), soit les bloquer (effet antagoniste) (1).
Dans l’endomètre (muqueuse qui tapisse l'intérieur de l'utérus), il existe deux récepteurs principaux aux œstrogènes : α (ERα) et β (ERβ). Chez les femmes avec endométriose, on observe une surreprésentation du récepteur β et un déséquilibre du ratio α/β (2,3). Ce déséquilibre favorise :
- La survie des cellules anormales
- L’inflammation locale
- La production de prostaglandines liées à la douleur (4,5).
Les phytoœstrogènes, en se fixant sur ces récepteurs, peuvent donc avoir des effets différents selon l’équilibre hormonal global.
Que disent les études sur les effets des phytoœstrogènes ?
Les recherches sur le rôle des phytoœstrogènes dans l’endométriose s’appuient sur plusieurs types d’études : en laboratoire (in vitro), chez l’animal (in vivo), et chez l’humain via des études épidémiologiques ou cliniques.
Études in vitro et sur modèles animaux
Plusieurs travaux ont montré que certains phytoœstrogènes, notamment les isoflavones du soja (génistéine, daidzéine) et le resvératrol, exercent des effets bénéfiques sur les tissus d'endométriose. Par exemple :
- In vitro, la génistéine (isoflavone) modulerait la synthèse locale des œstrogènes dans les cellules d'endométriose(6).
- Le resvératrol inhiberait la production de facteurs de croissance comme ainsi que de molécules pro-inflammatoires (cytokines IL-6, IL-8) (7).
- Chez les rongeurs, le resvératrol a démontré une réduction de l’angiogenèse (formation de nouveaux vaisseaux) dans les lésions et un ralentissement de la prolifération cellulaire (8).
- Plusieurs études animales suggèrent aussi que les isoflavones auraient un effet anti-œstrogénique favorable (9-11).
Ces résultats soutiennent l’idée que les phytoœstrogènes pourraient agir sur plusieurs mécanismes clés impliqués dans l’endométriose : régulation hormonale locale, limitation de l’inflammation et frein à la formation de nouveaux vaisseaux.
Etudes humaines : des résultats mitigés
Chez l’humain, les données sont plus contrastées et moins nombreuses. Plusieurs facteurs rendent l’interprétation complexe, notamment la taille limitée des échantillons, le recours fréquent à des questionnaires alimentaires peu précis, et l’absence régulière de groupes placebo.
Effets bénéfiques | Études ne montrant pas d’effet ou résultats contradictoires |
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Pourquoi les résultats scientifiques sont-ils si contrastés ?
Les divergences entre les études s’expliquent par plusieurs facteurs :
- Dose : certains effets bénéfiques sont observés à faibles doses mais peuvent disparaître ou s’inverser à fortes doses.
- Variabilité : isoflavones, lignanes, resvératrol ont des modes d’action différents.
- Microbiote intestinal : la capacité à transformer ces composés en formes actives varie d’une personne à l’autre.
- Profil hormonal : selon la concentration d’œstrogènes endogènes, les phytoœstrogènes peuvent agir soit comme agonistes, soit comme antagonistes des récepteurs (12). Ainsi, dans certains cas, ils peuvent agir comme des œstrogènes (lorsqu’il y a carence hormonale), ou au contraire comme bloqueurs (en cas d’excès d’œstrogènes).
- Conception des études : petite taille des échantillons, absence parfois de groupes placebo ou randomisation, et manque de suivi à long terme.
Que retenir ?
Les phytoœstrogènes agissent sur plusieurs mécanismes clés liés à l’endométriose : modulation hormonale, anti-inflammation, anti-angiogenèse, antioxydants, etc.
Cependant, les preuves cliniques restent limitées, notamment à cause de la variabilité individuelle et du manque d’essais cliniques robustes.
Se pose alors une question clé…
Faut-il éviter les phytoœstrogènes quand on a de l’endométriose ?
Malheureusement, comme (très) souvent en nutrition, ce n'est pas une réponse simple "oui/non".
L'effet des phytooestrogènes dépend du contexte individuel :
Ils pourraient freiner la maladie en bloquant certains récepteurs ou en régulant l’inflammation.
Mais à fortes doses ou en cas de déséquilibre hormonal, ils pourraient aggraver les symptômes.
D’où l’importance d’une approche personnalisée en nutrition, prenant en compte :
- Le terrain hormonal
- Le régime alimentaire global
- Les symptômes exprimés
- Les préférences alimentaires de chaque personne
La clé est d’éviter les extrêmes — ni diaboliser, ni idéaliser ces composés — et de raisonner en termes de dose, forme, et fréquence d’exposition.
Résumé
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Hello, moi c'est Olivia !
Passionée et diplômée de science et santé intégrative !
J'aide les femmes atteintes d'endométriose à transformer leur fatigue et leurs douleurs pour retrouver un quotidien plus serein.
Références
1. Abramiuk M, Mertowska P, Frankowska K, Świechowska-Starek P, Satora M, Polak G, et al. How Can Selected Dietary Ingredients Influence the Development and Progression of Endometriosis? Nutrients. 2 janv 2024;16(1):154.
2. Cai X, Liu M, Zhang B, Zhao SJ, Jiang SW. Phytoestrogens for the Management of Endometriosis: Findings and Issues. Pharmaceuticals. 14 juin 2021;14(6):569.
3. Xue Q, Lin Z, Cheng YH, Huang CC, Marsh E, Yin P, et al. Promoter Methylation Regulates Estrogen Receptor 2 in Human Endometrium and Endometriosis1. Biol Reprod. 1 oct 2007;77(4):681 7.
4. Chantalat E, Valera MC, Vaysse C, Noirrit E, Rusidze M, Weyl A, et al. Estrogen Receptors and Endometriosis. Int J Mol Sci. 17 avr 2020;21(8):2815.
5. Tamura M, Deb S, Sebastian S, Okamura K, Bulun SE. Estrogen up-regulates cyclooxygenase-2 via estrogen receptor in human uterine microvascular endothelial cells. Fertil Steril. mai 2004;81(5):1351 6.
6. Salsano S, Pérez-Debén S, Quiñonero A, González-Martín R, Domínguez F. Phytoestrogen exposure alters endometrial stromal cells and interferes with decidualization signaling. Fertil Steril. nov 2019;112(5):947-958.e3.
7. Kolahdouz‐Mohammadi R, Shidfar F, Khodaverdi S, Arablou T, Heidari S, Rashidi N, et al. Resveratrol treatment reduces expression of MCP‐1, IL‐6, IL‐8 and RANTES in endometriotic stromal cells. J Cell Mol Med. 15 janv 2021;25(2):1116 27.
8. Rudzitis-Auth J, Menger MD, Laschke MW. Resveratrol is a potent inhibitor of vascularization and cell proliferation in experimental endometriosis. Human Reproduction. 1 mai 2013;28(5):1339 47.
9. Ronis MJ, Gomez-Acevedo H, Blackburn ML, Cleves MA, Singhal R, Badger TM. Uterine responses to feeding soy protein isolate and treatment with 17β-estradiol differ in ovariectomized female rats. Toxicol Appl Pharmacol. avr 2016;297:68 80.
10. Sutrisno S, Maharani M. Genistein Ameliorated Vascular Endothelial Growth Factor-A (VEGF-A) and Estrogen Receptor-Alpha (ER-α) in Endometriosis Mice Model, In Vivo and In Silico. The Scientific World Journal. 24 janv 2024;2024:1 7.
11. Sutrisno S, Aprina H, Simanungkalit HM, Andriyani A, Barlianto W, Sujuti H, et al. Genistein modulates the estrogen receptor and suppresses angiogenesis and inflammation in the murine model of peritoneal endometriosis. J Tradit Complement Med. avr 2018;8(2):278 81.
12. Tsuchiya M, Miura T, Hanaoka T, Iwasaki M, Sasaki H, Tanaka T, et al. Effect of Soy Isoflavones on Endometriosis. Epidemiology. mai 2007;18(3):402 8.
13. Nagata C, Takatsuka N, Kawakami N, Shimizu H. Soy product intake and premenopausal hysterectomy in a follow-up study of Japanese women. Eur J Clin Nutr. 1 sept 2001;55(9):773 7.
14. Maia Jr. H, Haddad, Pinheiro, Casoy. Advantages of the association of resveratrol with oral contraceptives for management of endometriosis-related pain. Int J Womens Health. oct 2012;543.
15. Khodarahmian M, Amidi F, Moini A, Kashani L, Salahi E, Danaii-mehrabad S, et al. A randomized exploratory trial to assess the effects of resveratrol on VEGF and TNF-α 2 expression in endometriosis women. J Reprod Immunol. févr 2021;143:103248.
16. Mendes da Silva D, Gross LA, Neto E de PG, Lessey BA, Savaris RF. The Use of Resveratrol as an Adjuvant Treatment of Pain in Endometriosis: A Randomized Clinical Trial. J Endocr Soc. 1 avr 2017;1(4):359 69.
17. Mumford SL, Weck J, Kannan K, Buck Louis GM. Urinary Phytoestrogen Concentrations Are Not Associated with Incident Endometriosis in Premenopausal Women. J Nutr. févr 2017;147(2):227 34.
18. Chandrareddy A, Muneyyirci-Delale O, McFarlane SI, Murad OM. Adverse effects of phytoestrogens on reproductive health: A report of three cases. Complement Ther Clin Pract. mai 2008;14(2):132 5.